Pour nuancer mes propos et photos idylliques de découvertes qui me sont données de faire lors de mes escapades, je vais maintenant aborder les aspects beaucoup moins sympathiques de la vie à
Santiago.
Dans toutes les séries télévisées ou romanesques, après les moments de gloire viennent les déboires, alors voici les miens autrement dit, sortie des escapades, les sombres moments de la vie
quotidienne dans cette immense ville qui allie le pire des pays industrialisés et le pire des pays en voie de developpement.
Vous comprendrez en lisant cet article qu'il ne soit pas illlustré par les photos que j'aime à poster... quoique mes amygdales obstruées par des ganglions de la taille de balle de tennis eussent
été divertissantes... mais pudeur oblige, cet article restera brut, comme endeuillé par les facettes obscures de Santiago...
link
Je dois avouer que le retour de la Serena (qui porte très bien son nom) a été pour le moins brutal.
Arrivée à 7H du matin par le bus du nuit, à la estacion central (qui elle aussi porte bien son nom) je me suis confronté à l’affluence dans le métro en pleine heure de point. Cela signifie
prendre sa place dans une queue d’environ 20 à 30 mètres de long avant de pouvoir badger pour passer les portillons et pouvoirs enfin prendre place sur les quais surchargés. De là, j’ai pu
assister au spectacle affligeant et tout aussi bestial consistant à pousser le plus fort possible afin de faire rentrer un maximum « d’usagers » dans les wagons. Je n’avais vu que ça
que sur des images du métro japonais mais c’était fait avec beaucoup plus d’élégance… Cela je ne connais la capitale française et anglaise que sur le mode touristique mais j’imagine que la cohue
doit être la même. Qu’en dit la famille ?
J’ai donc attendu le 5 ième métro pour pouvoir enfin prendre place dans ce cocon fétide…
De là, j’ai eu le temps de prendre une douche troquer mes chaussures de rando contre mes bottes d’assistante de français et me voilà partie pour mon premier cour à l’INBA, école publique de
garçons. Cf article sur les lieux de travail pas encore posté
Les transports : mélée et casse-tête…
les bus de ville
Puisque l’on est dans les désagréments du quotidien, il faut savoir que les transports à Santiago sont à la fois une plaie et un casse-tête :
Jusqu’à l’année dernière, plusieurs compagnies privées couvraient la ville dans une indéfectible compétition. Après quelques temps ici, et comme en matière de politique les avis sont partagés (la
moitié de la population défend l'oeuvre de Pinochet)… Certains regrettent l’anciens système où pour chaque trajet plusieurs compagnies se menaient une compétition ardue. Les autres et pour ses
même raisons, savourent la reprise en main par l’état du système. En effet la compétition entre les compagnies amenaient les chauffeurs à faire la course pour être les premiers au sorties de
métro (lieux d’affluence) à négliger les enfants (qui paient et payaient demi tarif), à ne pas s’arrêter aux arrêts mineurs etc… le tout avec des accidents réguliers, sorties
de route, des morts etc…
Depuis l’état, a racheté une partie des bus des compagnies privées et a assuré un salaire fixe aux chauffeurs (avant leur revenu dépendaient de leur rendement…). Ce qui a conduit à d’autres
écueils puisque maintenant les chauffeurs ne se sentent absolument pas concernés par les fraudes.
Le problème est qu’ à ce jour, là où passer plusieurs compagnies, il n’en passe plus qu’une et les usagers s’en plaignent. Le degré d’engorgement des transports est une
véritable catastrophe. A titre d’exemple, la semaine dernière pour mon premier jour de travail (là où j’avais mis 20 minutes avec la voiture privée de l’ambassade, puisque j’étais accompagnée…),
j’avais prévu large et suis partie 1H30 avant l’heure d’embauche (c’est le temps moyen de déplacement pour les usagers). C’était sans compter que les 7 premiers bus ne se sont pas arrêtés
tellement ils étaient pleins… Malgré mes bonnes intentions je suis arrivée avec une demi heure de retard…
En conclusion, outre qu’on peut attendre le bus très longtemps, il est loin d’être sûr que celui– ci ait de la place et donc s’arrête quand il finit par arriver.
Par ailleurs le chauffeur m’a indiqué un autre circuit que j’essaierai la semaine prochaine. En effet, à ce jour aucune carte ne permet d’élaborer un parcours par bus ! Seul, un site, qui
n’indique pas tous les bus est disponible. C’est comme cela que j’ai eu mon itinéraire (boiteux)…
Par ailleurs, il faut ajouter qu’il existe plusieurs types de bus dont je n’ai pas encore saisi toutes les différences.
Ma petite expérience du Chili m’ont conduite à l’analyse suivante : les ressources de l’Etat sont nulles et donc aucun investissement en matière de transport risque de se
faire avant très longtemps si ce n’est pour les routes et autoroutes (commerce bien plus juteux et pour des usagers bien plus juteux également…)
Je n’ai pas encore eu la joie de prendre le bus les jours de pluie mais Etienne m’en a compté un récit des plus inquiétants où les odeurs corporelles (« à sec » sont déjà difficiles aux
heures de pointe) produisent un effet « chiens mouillés » auquel se rajoute le gluant de la pluie, résultat du mélange de l’eau à la pollution avant de rejoindre
la plèbe.
Cela promet bien du bonheur !...
En parallèle, on trouve les taxis, mais aussi les collectivos, à mi chemin entre bus et taxi .Ces taxis fonctionnent comme des navettes et effectuent un circuit bien précis dans des
quartiers. Certains portent simplement des numéros, d’autres ont un panneau sur le toit indiquant leur circuit. La plupart ne partent pas tant qu’ils ne sont pas remplis, on
peut en arrêter d autres si on les croise en chemin, incomplet. Par ailleurs, là encore il n’existe pas de carte qui recense cette utile alternative.
A cela s’ajoute les bus ruraux que je prend pour me rendre aux 2 établissements les plus éloignés. Ils cumulent l’inconvénient d’être loin et de subir les bouchons dans les villages qu’ils
desservent.
Enfin, les bus inter régionaux, comme ceux que je prend pour partir le week end sont sûrs et efficaces. Les contrôle stricts avec note de l’identité de chacun des passagers (carte ou
passeport demandé), les contrôleurs vous proposent des oreillers pour les longs voyages, vous bordent avec une couverture polaires si vous avez froids, vous tienne le bras pour descendre et ne
vous rende vos bagages mis en soute que contre un ticket donné au moment du départ (luxe que n’a pas pris Iberia avec les bagages à main rangés en soute…)
Les odeurs des transports en communs : celles de la sueur, de la crasse, mélangé au tabac, à l’odeur de fritures plus digeste depuis longtemps. Les odeurs de pop corn, à toute heure,
de caramel et de cacahuètes grillées tellement fortes qu’elle vous attaquent les nasaux comme si le sucre y dégoulinait , les gazes d’échappements et le nuage de pollution dans le quel on
évolue ici, qui brûlent les yeux et attaque la gorge… Je déteste la ville ! (j’entends de là les remarques… mais Toulouse est un grand village avec une large périphérie)
Le civisme ne semble pas être chilien…
Pour parfaire le tableau, dans les transports en commun, il ne faut pas compter sur le civisme des usagers mais sur votre seule force physique. Les gens ne s’écartent pas pour vous laisser
descendre même en demandant poliment…
Par ailleurs, mes bonnes manières sont régulièrement ébranlées lorsqu’en attendant gentiment derrière , ce que l’on nomme communément la ligne de discrétion (aussi invisible soit elle),
le/la premièr(e) venu(e) vous passe devant pour aller se mettre juste derrière celle qui vous précède…
De même au supermarché, ne vous offusquez pas quand en cherchant des yeux un produit, quelqu’un plante son cadis pile à hauteur du regard pour faire la même chose à côté.
Le manque de civisme est évoqué en parlant de Santiago dès que l’on s’éloigne de cette ville, qui ressemble sûrement le moins au Chili de toutes…
Ou l’excès de gentillesse…
Rarement on vous répondra « non » ou « je ne sais pas » à Santiago, on préfère vous envoyer sur un chemin complètement faux. Quand ce n’est qu’une route, ce n’est pas grave,
on confronte plusieurs passants, on compare avec la carte… Mais lorsqu’il s’agit d’administration, c’est à piquer une crise de nerfs. Ainsi pour avoir ma carte de transport à jour , j’ai été
« baladée » dans 5 points de renseignements différents, chacun bien sûr éparpillés aux 4 coins de la ville pour aboutir à la conclusion que ma requête ne pouvait aboutir….
L’insécurité…
Autre grand thème abordé par les chiliens eux-mêmes. Ici les sacs à dos se portent sur le ventre, les sacs à mains sous les manteaux. J’ai été mise en garde de ne pas essayer de négocier en cas
de braquage.. Ceux qui braquent ne sont pas des ados en quête de reconnaissance mais des désespérés qui n’ont rien à perdre… Et j’imagine qui doivent nourrir d’autant plus de
ressentiments en côtoyant tant de richesses, car comme me l’a dit le médecin qui m’a vacciné, »le Chili est la Suisse de l’Amérique latine ».
La misère bien sûr : Je n’ai rarement vu autant d’handicaps et de misère cumulés dans la rue qu' à Santiago (les deux se cumulent puisque que quand on nait pauvre on le reste mais si
on ne travaille pas on est plus pauvre que les pauvres : indigents . Ailleurs, les villages sont pauvres mais les gens mangent. Ici, je n’ose parfois même pas regardé les mendiants, l’un
tellement bossu qu il évolue sur le sol, tel autre aveugle et homme-tronc, des grands-mères tendant un verre les yeux dans le vague, un jeune fille qui vend des tickets de loterie avec son
nouveau né dans les bras, un autre, en boule sur un banc, dans son duvet vous dévisage d’un regard de glace sans même demander quoique ce soit… des fous, des illuminés, avec ou
sans prières, des clochards qui dorment tête contre sol à côté d’une vierge…
La ponctualité n'est pas chilienne… cf première expérience à l’INBA (pas encore posté)
De la pollution (encore et toujours) à la condition humaine…
Plus qu’ailleurs, les maux de tête récurrents depuis mon arrivée. Il est vrai que la concentration pour parler, comprendre, se réparer doit solliciter mes méninges un peu différemment. Mais,
mercredi soir au mal de tête s’est ajouté les frissons, la fièvre, les picotements dans la gorge. Pas bien, non pas bien du tout !
Pire le lendemain… J’étais pourtant au lit de bonne heure et j’avais une sieste en rentrant (fatiguée et pas dans mon assiette depuis le retour de la Serena) Mais alors jeudi quand le réveil a
sonné a 5H30 pour aller au Redland, l’horreur, tout comme la veille, au coucher, en pire ! avec en plus un mal à la gorge lancinant.
J’ai hésité, le temps de me réveiller, essayer de boire un verre d’eau, marcher un peu…
Impossible, j’envoie un mail (entrecoupé par une pause en position fœtale dans le canapé : j’en bave…) à la prof et à ma correspondante à l’ambassade: je crois que j’ai la grippe, je ne peux
pas venir travailler ce matin… ouf le mail est fini, fébrile, j’ai du mal à tenir debout, je retourne me coucher.
La journée à passer comme cela : entrecoupée de moments en dehors des limbes de la fièvre où je cherchais à joindre mon coloc (impossible, je n’avais pas réussi activer mon solde…), plus de
doliprane, impossible de trouver un généraliste dans l’annuaire, tous ont de spécialité…
Bref, l’horreur, je crois que j’ai rarement autant été aussi secouée par la fièvre. Impossible de rester plus d’un quart debout pour envoyer un mail sereinement en demandant de l’aide à Geneviève
à l’ambassade et attendre la réponse. L’opération s’est donc déroulée par étapes, entre temps je sombrais. J’ai fini par avoir les coordonnées d’un médecin franco-chilien. En fin de journée j’ai
réussi à me traîner jusqu’à la boutique de portable pour remettre du crédit, appeler le médecin et trouver des médicaments. Résultats des courses : je peux me vanter d’avoir pu donner à voir
à celui-ci la plus « belle » angine de sa carrière. Ca se mérite ! Des heures de fièvre, des ganglions de la taille de balles de tennis dans la gorge… je me voyais déjà rapatriée
et intubée pour pouvoir respirer…
C’est beaucoup mieux même si la douleur n’a pas disparu, je ne suis pas la loque que j’étais jeudi, mieux que vendredi où cet andouille de médecin m’a gentiment fait venir à l’heure de pointe
pour bavasser sur ce que je faisais ici, l’intérêt de la chose, la dure réalité des transports en commun, la triste condition de l’école publique, de ses fortes têtes faisant le parallèle avec
les banlieues françaises pour finir sur le culte de l’enfant au roi au Chili, le tout agrémenté d’anecdotes sur sa propre expérience… du bonheur quand on sait qu’il va falloir faire une heure de
route, demander au moins 5 ou 6 fois où se prend le bus…
Le bon côté c’est qu’en demandant ma route, je suis tombée sur Paola, chilienne très sympathique qui s’est montré extrêmement serviable, m’a laissé ses coordonnées en cas de besoin… et m’a
renvoyé, sans s’en douter dans les cordes de ma culpabilisante condition lorsqu’ après m’avoir questionnée et s’être rassurée sur mes conditions de vie à Santiago (je devais être encore bien
palotte). Celle- ci comme tous les indiens mapuche (indigènes authentiques du Chili, qui composent en grande partie la partie la plus pauvre des habitants) m’a expliqué qu’elle vivait à coté de
l’aéroport, dans les bidons ville et faisait ses 90 min de transport quotidiens (bus de ville, métro, bus rural) matin et soir pour travailler dans une boutique, pour une misère sans doute…
Oui parce qu’ici, il y a du travail pour tout le monde : dans les restaurants, bars, les commerces, les employés sont plus nombreux que les clients… la plupart du temps ils n’ont pas de fixe
et vivent des pourboires mais tous sont contents de travailler, au moins ils ne sont pas indigents et mangent…